L’intrapreneur social, ce méconnu

L’entreprise dans l’entreprise, dont le créateur est un salarié de l’entreprise-mère, au service des populations fragiles ou d’un environnement massacré, voici l’intraprise sociale et son intrapreneur, une forme d’activité qui prend son essor.

Sans titre

Cousin de l’entrepreneur, l’intrapreneur social commence à frayer sa route dans l’économie libérale. Il est salarié d’une moyenne à grande entreprise, occupe généralement un poste hiérarchique intermédiaire, connaît bien sa « boîte », y compris ses aspirations, ses lacunes et ses éventuels dysfonctionnements, et possède un profond sens de la solidarité sociale. Il a aussi des idées.

Et il n’est pas seulement masculin. Il peut se nommer Anne Zavan, par exemple, qui supervise la communication avec les consommateurs chez Beiersdorf, propriétaire de la marque Nivea. Forte de son refus d’admettre disparités et fractures sociales, Anne Zavan a eu l’idée, presque de génie, de lier isolement des personnes âgées et esthéticiennes au chômage. Son unité « Des soins & des liens » offre des soins de visage aux seniors, à prix adaptés, exercés par des esthéticiennes en recherche d’emploi. L’isolement des personnes âgées est en partie rompu. Par la même occasion, les fournisseuses de soins suivent des cours de perfectionnement professionnel.

Ainsi se dessine la définition de l’intrapreneuriat social que l’on peut reprendre de l’étude « Intrapreneuriat social, la nouvelle frontière de l’innovation sociale pour l’entreprise ». Il s’agit de « la mise en place par un salarié d’une démarche entrepreneuriale, en interne, qui combine modèle économique équilibré et impact social, dans un projet structuré et ambitieux, en lien avec le métier de l’entreprise. » La démarche s’adresse aux populations fragilisées – chômeurs, jeunes, invalides, marginaux, etc. – ou bien tente de servir la protection de l’environnement.

Comme pour toute initiative : énergie et conviction nécessaires

Faire de l’intrapreneuriat social, toutefois, n’est pas toujours chose aisée. Il s’agit de trouver une ou des sources de financement, l’entreprise-mère par exemple mais aussi des ressources externes si cela ne suffit pas. Elles peuvent venir des pouvoirs publics ou d’une autre entreprise œuvrant dans le même métier. Dans ce dernier cas, l’intraprise sociale revêtira probablement la forme d’une joint-venture. La recherche de dons et de mécénat n’est pas interdite. Mais l’intraprise sociale a pour but, à terme, de devenir une unité financièrement équilibrée tout en continuant à servir son but social ou environnemental.

L’intrapreneur doit posséder un fort pouvoir de persuasion, le cercle magique des dirigeants supérieurs souffrant souvent de crainte de la nouveauté et de timidité financière. Il ne doit pas avoir peur de l’échec ni des rebuffades et, partant, posséder un solide sens de l’humour. Il est autant visionnaire que pragmatique, les pieds sur terre et la tête dans les nuages comme la girafe. Et, comme le castor, il sait construire sa maison ex nihilo en utilisant les matériaux environnants. Ajoutons à cela que, s’il est parfait, il montre de l’engagement, de la sollicitude, de la persévérance, de la discrétion et possède un solide sens de l’initiative.

Quant aux projets d’intrapreneuriat social, malgré leur diversité, tous recherchent un impact sur des populations fragilisées ou sur l’environnement. La plupart du temps, ils importent dans l’entreprise-mère une innovation sociale. Pour exemple, la création, au sein de la banque française BNP Paris, de l’activité microfinance internationale par son vice-président social business, Emmanuel de Lutzel. Autre exemple, liant le social et l’environnement, celui de l’entreprise Tefal, tourmentée par ses stocks d’articles de cuisine invendus. Son intraprise sociale (EIDRA) assure le reconditionnement de ces articles et s’est également lancée dans la conciergerie et le maraîchage bio, créant ainsi plusieurs emploi dans une région à haut chômage.

La Suisse n’est pas encore fortement atteinte par l’intrapreneuriat social. Toutefois, l’administration fédérale y consacre une page. Peut-être le signe d’un début d’évolution et d’ouverture possible à cette forme d’entreprise.

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